En
arabe la poésie reste le genre adopté par le plus grand nombre
d’écrivains, avec de nombreuses publications (recueils de poésie et
surtout dans les journaux et revues, créneaux d’expression plus
accessibles que les maisons d’édition). Il est vraiment difficile de
citer tous les noms, surtout pour la nouvelle génération.
2Une
des novatrices fut la poétesse Ahlam Mostaghanemi qui a frayé la voie
pour cette forme d’expression qui était presque tabou jusqu’au début
des années quatre vingt. Mais son œuvre poétique est restée inachevée
car elle a déplacé la beauté de ses mots et de ses images de la poésie
vers le roman. 3Ahlam Mostaghanemi.
C’est l’une des écrivains d’expression arabe les plus courageuses et
les plus audacieuses. Née en 1953 à Tunis, elle fait ses études
universitaires à la Faculté d’Alger puis choisit Paris pour la
préparation d’une thèse de troisième cycle sur la femme dans la
littérature algérienne sous la direction de Jacques Berque. Elle fait
paraître son premier recueil de poésie, Au havre des jours en 1972 et le second, Écriture nue en
1976 à Beyrut, Liban. Elle évoque dans ses deux recueils le problème de
la démocratie, de la liberté d’expression, de la répression, de la
femme, de l’amour. Elle réclame la liberté pour faire œuvre
constructive dans son pays comme le signale clairement Jean Déjeux dans
son livre La littérature algérienne contemporaine. Elle
revendique l’émancipation bien comprise de la femme, elle exprime
aussi, comme les poètes de langue française, une angoisse, un malaise
d’être, et une avidité de se dire en toute spontanéité, avec beaucoup
de sincérité. Ahlam, loin des discours hypocrites dit ce qu’elle vit
sans biaiser sur les mots ni jouer sur leur sens. Je meurs avant ma mort 4L’amour
pour elle est une passion qu’il faut révéler, qu’il faut dire, écrire
et crier face à une société oppressante qui veut étouffer même les
sentiments les plus naturels et les spontanés. Pour elle écrire c’est
défier, transgresser, choquer, faire vibrer toute une langue, la faire
sortir de son conservatisme et de son archaïsme, la désacraliser d’une
façon brusque et brutale. Il faut rendre à la langue sa chaleur humaine
son élan poétique, en un mot, sa poésie : Le jour où j’ai écrit je t’aime... 5Angoisse
et amertume insupportables face à des situations inhumaines se
transforment en mots, en poésie. Ahlam fait partie d’une génération qui
n’écrit que sur un présent, même si ce présent est lié d’une façon ou
d’une autre à un passé dramatique, dont la désespérance est devenue un
fardeau qui gène son épanouissement et son ouverture sur d’autres
mondes plus merveilleux et plus poétiques. 6 Mabrouka Bousaha.
Contrairement à Ahlam, Mabrouka Bousaha ne produit presque plus depuis
une dizaine d’années, et pourtant lorsqu’elle a publié en 1969 son
recueil Bourgeons, sa poésie faisait apparaître, malgré sa
simplicité, une nouvelle donnée dans l’écriture féminine. Vers pleins
d’amour et de désespoir qui défiaient une société en pleine mutation,
la poésie limpide et lyrique de Mabrouka allait au delà de toute la
rhétorique classique de la période anté-islamique considérée par le
mouvement réformiste comme étant le fondement de la poésie arabe, un
passage obligatoire pour toute expérience nouvelle. Oh ! mon amour 7
Durant les années 70 beaucoup d’entre nous ont perdu le souffle malgré
un contexte social assez favorable à l’épanouissement d’expériences
féminines dans le domaine de l’écriture. Il faut signaler peut-être que
nombre d’écrivains de cette période, dont les femmes, se sont consacrés
à des études supérieures. Il a donc fallu attendre la fin des années 80
et les débuts des années 90 pour voir émerger toute une pléiade de
poètes. Ces femmes, sensibles aux maux qui rongeaient la société,
étaient à la recherche d’un nouvel espace d’expression loin d’un
contexte ennemi de la modernité et d’un discours politico-religieux
hostile aux acquis de la femme et au combat de tous les progressistes. 8
Cette jeune génération représente la nouvelle poésie au niveau du
style, des formes, et du contenu. Ces poétesses ont une relation
extraordinaire avec un quotidien en proie au déchirement social même
dans ses détails les plus infimes et essayent de mettre en valeur tout
ce qui est caché, enfermé, camouflé comme le corps féminin que la
société tente par tous les moyens d’étouffer en instaurant l’image du
harem et de la femme soumise, possédée. 9
La poésie des années 90 exprime un désespoir qui, dans les cas
extrêmes, aboutit au suicide : après la regrettée Safia Kettou,
Abdallah Boukalfa, âgé de 21 ans, se suicide quelques jours après les
événements d’octobre 1988 et Farouk Smira en été 1994. L’écriture des
jeunes poétesses dans l’Algérie d’aujourd’hui est la quête d’un espace
qui est devenu interdit, un espace même dans le sens symbolique.
Essayer de faire avec la beauté des mots et leur amertume un espace
social où la femme puisse acquérir sa place et s’affirmer en tant que
citoyenne. Mais ce qui est paradoxal et en relation même avec
l’écriture c’est qu’en Algérie, malgré le drame, la société bouge d’une
façon extraordinaire et crée un dynamisme qui réduit le poids de la
mort décrétée. Le mouvement vivant et réel de la société fait fi des
lois et même des assassins intégristes. Malgré un code de la famille
rétrograde et archaïque, un code qui nie à la femme la qualité d’être
humain, un code qui se joint à ceux qui aiguisent leurs couteaux pour
nous égorger et qui choisissent les pierres pour nous lapider, la femme
bouge, travaille, écrit, crie sa douleur, pleure ses absents toujours
présents et même dans sa peine s’épanouit d’une façon ou d’une autre.
Tout cela est représenté comme une symbolique et une esthétique au
niveau de l’écriture féminine. 10 L’une des plus présentes dans la sphère poétique est la poétesse Rachida Khawazem
qui chante avec douleur les lieux, les souvenirs et les odeurs. Habitée
par la ville elle essaie de toucher au plus près les traces et les
nuances qui l’étouffent. C’est la présence accablante de la ville avec
toute sa symbolique, la ville des rêves et de la mort, la ville de
toutes les contradictions qui cache en elle les petites choses intimes,
la ville du quotidien brûlant qui s’échappe comme la fumée d’une
cigarette grillée en cachette. Comme tout poète Rachida est une
poétesse d’imagination qui se présente en toute simplicité comme une
interprète de signes emportée par une richesse lexicale, « elle se meut
parmi les images qu’elle crée et qui l’investissent de toutes parts. ».
Puisqu’en poésie s’ajoute à cette représentation du monde l’imagination
verbale, qui perçoit les richesses sémantiques des mots et en fait
jaillir de nouvelles qui joue sur les associations inédites, Rachida se
livre à des déformations et à des créations nouvelles. Entre les cités qui se sauvent 11
Si la poésie tend, dans un sens, « à se constituer une langue à part,
distincte de la langue courante, et à revendiquer pour elle-même un
idéal de pureté par exclusion des sens trop usuels » Rachida essaie,
elle, de faire du langage du quotidien des petites choses captées
consciemment ou inconsciemment un langage de poésie, comme par exemple
dire la ville, crier la cité, revendiquer l’espace, dévoiler la femme
énigmatique ou la femme tout court en quête d’un espace, de la chaleur
des mots, la femme qui exige d’être comprise, acceptée comme telle,
reconnue simplement comme citoyenne à part entière. Qui me lit ? 12
« Orphelinat », c’est la détresse, le rejet, l’exclusion, la
marginalisation. Un déchirement entre une cité qui s’estompe, une
société qui se dégrade et des lois qui n’ont jamais été en faveur de la
femme (le code la famille comme exemple le plus concret, ce code qui
fait de la femme une mineure à vie). La graphie koufique présente en
même temps une beauté, une esthétique, une Histoire, une référence, une
civilisation, une culture, mais représente aussi la stagnation, l’état
stationnaire des choses, l’archaïsme, l’enfermement, le sacré, le
tabou, le non dit... « Gitane » 13
À la recherche d’une paix intérieure, d’un calme créateur qui aide à
plus de liberté, plus de beauté, plus d’expression, cette poésie gêne à
plusieurs niveaux – dont le niveau social et linguistique – car elle
exprime le refus du conformisme, du traditionnel et des idées
d’exclusion. Dans ce sens la poésie des années 80 et 90 écrites par des
jeunes poètes, femmes ou hommes acquis à la modernité, a pu faire un
lien entre le vécu, le quotidien et le rêve au niveau du langage, le
rêve d’une société nouvelle où la femme est citoyenne à part entière,
où elle peut s’exprimer librement avec ses mots, ses vrais mots, ses
gestes, avec son imaginaire qui ne peut être gelé même s’il n’est pas
extériorisé dans une société traditionnelle dominée par le religieux
dans sa signification la plus restrictive et où le masculin – dans le
sens du mâle et non dans le sens de l’homme – domine pour effacer tout
ce qui est beauté, tout ce qui est féminin ou masculin. Tout simplement
effacer l’humain dans le sens le plus large et la définition la plus
noble. 14 Fatima Ben Chaalal parle de ce malaise de la façon la plus directe et la simple : Il se peut que les gens de la ville 15 Kheira Bellaksir évoque le sort de la femme tracé avant même sa naissance par la société et les mentalités archaïques : Le destin a fait, qu’on court derrière la discrétion 16
La femme se cache, s’estompe, cache toute expression de féminité
d’épanouissement, étouffe l’amour, l’espoir, le rêve et le droit de
rêver, tout son corps est tabou et péché, elle est toute pleine
d’interdits... L’espace de la poésie devient un espace réel pour cette
féminité interdite et confisquée. Avec cette poésie on se retrouve face
à face avec le corps, ce péché éternel, ce corps satan, ce corps
malédiction, cette créature damnée qu’est la femme, ce corps qui se
présente comme espace d’expression, ce corps qui se crée de nouveau, un
corps qui à travers la poésie et la beauté des mots, brûle l’interdit,
transgresse la langue, émiette les constantes. C’est ce que crie Soulaïma Rahhal avec toute la rage possible : Que les prostituées se purifient 17Ici
le poème est un espace de liberté et en même temps un espace de
violence, de dénonciation. Le poème se trouve face à face avec un corps
confisqué, momifié. Ce corps est aussi le corps de Dieu qui n’est autre
que le masculin, qui domine, qui fait les lois. Ce masculin qui
interdit la lumière, la beauté et qui se veut toujours présent pour la
tenir sous sa tutelle et sous sa dépendance. Il est toujours
l’intermédiaire pour atteindre le Paradis perdu par faute de Hawa, Eve. 18
Tout ce marasme a fait que cette poésie intense est une poésie de refus
qui s’est ressourcée aux réalités amères, une poésie liée consciemment
à la violence féroce contre les femmes et contre toute une société
(violence verbale dans les journaux, les prêches des vendredis dans les
mosquées, à la télévision et à la radio). Cette violence agresse la
femme comme présence physique et comme imaginaire et aboutit aux
assassinats monstrueux vécus au quotidien. La ville, qui a perdu toute
sa beauté, sa splendeur, est devenue l’incarnation de l’horreur, de
tout ce qui est monstrueux et féroce. 19 C’est parce que les jours ont changé de couleur et de goût que Nacéra Mohamdi
crie les douleurs des vendredis qui rongent la ville et les gens. Elle
dévoile cette odeur de l’obscurantisme qui commence à étrangler les
voix et les regards, à rétrécir les corps, tout en faisant du langage
une matière de protestation contre ceux qui veulent éliminer tout ce
qui représente la vie, la diversité et la différence, contre ceux qui
veulent nous ensevelir dans l’obscurité et les ténèbres. Nacéra refuse
que sa ville se transforme en un grand cimetière : Les caravanes de l’obscurité 20
À partir de ces poèmes écrits en langue arabe je peux dire que cette
génération des années 80-90, malgré les difficultés et les contraintes
n’a pas de complexes vis à vis de la langue, elle peut écrire en arabe
comme elle peut traduire en français ; elle peut écrire en arabe
littéraire comme en arabe dialectal – ce qui correspond à ma propre
expérience. Cette génération n’a de complexe ni au niveau de
l’histoire, ni au niveau de sa mémoire, ni au niveau des langues, ni au
niveau de son patrimoine culturel pluriel, ni au niveau des religions. 21
Pour ces jeunes écrire la poésie et la dire à voix très haute, c’est
dire la beauté et révéler l’amour. Crier le merveilleux dans un monde
qui n’est pas forcement merveilleux. Ecrire un poème est une sorte
d’exorcisme pour échapper à la mort. 22
Écrire, tout simplement c’est être soi même, dans un instant de
complicité avec le mot, la syllabe, la ponctuation, avec l’image
poétique, se noyer dans le sens sans vraiment donner aux mots leurs
vrais sens, laisser le poème ouvert à toutes les interprétations
possibles. 23
Écrire de la poésie c’est donner au langage la possibilité de se ronger
de l’intérieur. Donner à la langue la possibilité de se dire autrement,
de montrer qu’il n’y a pas de sens constant, mais des sens qui bougent,
rénovent et se rénovent. 24
Cette poésie gêne dans le vrai sens du mot. Elle gêne au niveau social
parce qu’elle révèle le non dit, elle gêne au niveau linguistique parce
qu’elle a transgressé la langue et osé briser les tabous et le sacré.
Elle a secoué la langue arabe du sacré en montrant à partir de
l’écriture elle même et de l’esthétique que la langue arabe avant
d’être la langue du Coran, est avant tout la langue de la poésie
anté-islamique. Tout simplement cette poésie est une poésie de rupture
avec les formes traditionnelles classiques et le sacré tout court. 25
Les écrivaines maghrébines qui ont émergé dans le combat pour la
libération de leur pays et qui ont mené le combat et le mènent toujours
pour le droit à une citoyenneté à part entière, pour la liberté
d’expression et pour pouvoir exprimer leur féminité confisquée ont
préparé le terrain à cette jeune génération (du moins à celles qui sont
bilingues parce que celles qui écrivent en arabe ont trouvé le chemin
plein d’interdit, de tabou et de haram) qui veut arracher le
droit à l’expression, le droit à la parole et dire que passer de
l’oralité à l’écrit c’est aussi arracher un pouvoir qui était réservé à
l’homme seul. Donc écrire c’est être soi-même, un être à part entière
qui défie, qui s’exprime, qui crie, qui essaie d’occuper l’espace
interdit comme l’exprime Habiba Mohammedi : Ils ont apprivoisé mon cœur sur leurs épines 26
La même image poétique et la même sensation d’impuissance imprégnée de
défi et de volonté de transgression se trouvent chez les poétesses
tunisiennes et marocaines avec une puissance extraordinaire pour manier
la langue, en puisant dans toutes ses zones interdites et sa beauté
cachée par des siècles de non dit. 27
On peut citer parmi tant d’autres Naima Asseid, Fadila Chabbi, Nadjat
Al-Oudwani, Fawzia Al-Ouloui de Tunisie et Malika al-Assimi et Wafa
al-Amrani du Maroc. Parce que tu es seul malgré ma fatigue Le monde est un café Sur les plus hauts sommets de l’Atlas 28
Ce petit aperçu sur notre réalité arabe complexe et contradictoire en
ce qui concerne les droits des femmes révèle de façon très claire que
la mentalité du « harem » règne toujours et d’une façon très pesante.
Cette idée du « harem » a consacré et consacre toujours la non
reconnaissance de la femme comme citoyenne à part entière. C’est dans
le bouillonnement brûlant de cette situation partagée par toutes les
femmes arabes et musulmanes que les écrivaines arabes ou d’expression
arabe ont émergé en transgressant et les traditions et le sacré tout en
essayant de mettre en valeur une expression littéraire ancestrale qui
est la poésie. 29Zineb Laouedj - Traduction de l’arabe dialectal par l’auteur Elle lance son cri affolé Elle lance son cri, la folle Elle a offert Elle a crié Debout, tel un saule Elle a offert Alger - Hiver 1993.
au pays des grands cimetières
ils ont dit poétesse
Je me suis mise nue pour t’aimer...
ils m’ont traitée de prostituée
Je t’ai quitté pour les convaincre...
ils m’ont traitée d’hypocrite
Je suis revenue vers toi...
ils m’ont traitée de lâche
J’ai commencé a être hantée par mes vers
et a offrir mon corps nu à la glace1
découvre moi..
Dis moi qui je suis ? ?
Je ne suis rien
Je suis faite de silence
Je suis faite de solitude
Je suis le silence et la solitude même2
et mes lèvres
la mort est là avec ses yeux ronds
et vides
comme le temps et le tabac
elle égorge mon sang
Je déteste que s’échappent de moi
les rêves que je souffle en fumant
mon tabac couleur de miel
J’enferme en mon cœur
l’odeur des mots hésitants
Je dicte les versets pour le rêve
lorsqu’ils se dévoilent
Qui accepte de suivre des yeux
la silhouette d’un cadavre ?
Qui me déchiffre
pour comprendre
que la trace de la graphie « koufique »
a les traits de mon orphelinat ?
Qui peut me chérir
moi la femme qui naît
comme la mer
sur les corps brûlés ?
cette cigarette me reconduit
aux chambres envoûtées
je m’extrais avec effort
de ses yeux contagieux
couleur de liberté.
Pourquoi, sur ses seins, cette mer gravée
me volant mes prières païennes ?
– « Regarde
et tais-toi !
pour que dorme notre cité ! »
Elle était nue
en accueillant la prière de l’aube.
Elle était Homme
dans cet étourdissement nocturne !
Elle était Homme
Belle comme la pureté !
– « Tais-toi !
pour que dorme notre cité !
et que nous retournions une autre fois vers la mer »3
découvrent les traces de ta semelle sur mon sang
Il se peut qu’ils remarquent les restes de mes lèvres fines
entre tes dents
Ils entendent l’écho de mon cri douloureux vibrer aux labyrinthes
de ma patience conservée dans les boîtes rouillées
Il se peut..
Et il se peut..
Mais parce que tu es le mâle
tous les péchés sont pureté
comme la pluie...4
On lui donne une forme et une couleur
On fignole pour la belle mort lente
une chanson sublime
et quand le vent se moque de nous
on crie notre douleur au ciel
La grisaille des rues nous emporte
et le vide aussi
Et moi pour chaque année j’allume une bougie
et mille autres s’estompent
chaque année l’ombre
engloutit mon espoir
et moi je suis encore là...5
avec les braises de la douleur
cette époque même est obscène
Que les prostituées
s’étendent sur la dépouille de l’honneur enseveli
sur l’étendue de l’horreur et de la mort
qu’elles le déplorent avec larme séduisante
et gémissement du désir
Qu’elles s’adossent sur la poitrine d’un Dieu
et qu’elles deviennent pieuses en sa présence
et puis qu’elles offrent leurs corps à ce Dieu glacial
pour l’habiter de désir
qu’elles couchent avec lui
l’une après l’autre
pour qu’il accouche un autre honneur
pour cette ville noyée de contes tranchants
et de talismans drapés de larmes...6
accompagnent tous les vendredis
Le visage du désastre vient vers nous
il accule le soleil
il se précipite vers nous
entre les mains son cercueil de l’enfer
qui efface ma lueur
combien ces chauves-souris désirent notre sang
combien de fois ont jeté la lumière de nos yeux à la folie du feu
et chaque fois on se réconcilie avec la vie
sur la lisière de l’exil
vibrent les pas d’un père mythique
qui à une naissance annonça
que cette gitane
est crucifiée au cœur de la tribu
est assassinée dans ce pays7
Il est devenu pierre
Ils ont suspendu leurs cordes au ciel de mon bonheur
les cordes se sont transformées en larmes chaudes
transperçant les restes des pierres...8
qui a séduit les étoiles
et a fait vibrer les univers...9
Ils dévorent ma pureté
j’oublie ma douleur
je ferme mes portes
je me recroqueville à l’intérieur
je me pelotonne...10
oh ! mon âme
je pratique toujours le changement
mon corps est toujours un refuge
pour mes amours
et un lit de soie.11
Le serveur efface les traces
de celui qui était là avant moi
moi le papillon blessant
je brise les lanternes fragiles
et je ne brûle pas12
j’ai suspendu
mon cœur tendre et libre
parce que les hyènes puantes
vivent dans le déclin
Les hauteurs leur causent
les nausées
et le vertige
Mon cœur est une fleur débordante de parfum
Le cueilleur est un rhume chronique.13
Nouara la folle
Elle défait ses cheveux
Elle les répartit entre les filles de la tribu
Elle s’assoit sur le seuil
Son giron offert au vent
et attend qu’y tombent
les étoiles
et la blancheur de la lune
Elle attend de devenir
tronc d’olivier
ou branche de palmier
On lui a dit
que la lune
est une femme
accrochée
par traîtrise
par les yeux
fille de la folle,
Elle défait ses cheveux
Elle les répartit entre les filles de la tribu
Elle pleure et se lamente
Elle gémit
Elle pousse son cri affolé
Le frère est le frère de sa femme
sa poitrine
au corbeau
pour qu’il en traie
tout le lait.
Elle a révélé, en ces temps maudits,
que le frère
n’est plus frère
de sa femme
ni
frère de sa sœur
Fillette ils m’ont répudiée
Comment vais - je devenir femme ?
Moi la folle
fille de la folle
Elle a jeté son visage au feu,
le feu de son feu s’est brûlé
elle, sublime, est restée
au milieu des braises
Avec la mousse de la cendre elle a fait ses ablutions
et elle a prié sur une tombe oubliée
des femmes hantées par la tristesse depuis la nuit des temps
une stèle pour s’adosser
droit dans le ciel
sa poitrine
au corbeau
pour qu’il en traie
tout le lait
Elle a révélé, en ces temps maudits
que le lait de la mère
a le goût de l’eau
mais aussi celui du laurier-rose
et de tout ce qui est amer
Elle a crié, crié
de son cri affolé
jusqu'à ce que le hululement
du hibou
retentisse dans le désert
Fillette ils m’ont répudiée
Comment vais-je devenir femme ?
Moi la folle
fille de la folle
en ces temps maudits
le frère ne jure plus
au nom de la saveur du sein
et du lait.
Friday, November 07, 2008
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